Filtres des crèmes solaires : minéraux ou chimiques ? Guide de lecture de l’étiquette
Au moment de choisir une crème solaire, beaucoup de gens bloquent sur la question « minéral ou chimique ? ». Cette question est importante, mais elle est souvent moins déterminante qu’on ne le croit. La meilleure crème solaire est celle que vous appliquez régulièrement et en quantité suffisante. Connaître les filtres indiqués sur l’étiquette permet néanmoins de faire un choix plus éclairé pour les peaux sensibles, les enfants et les personnes ayant des préoccupations particulières. Dans ce guide, nous présentons les principaux filtres et les points d’attention concernant les sprays.
Les types de filtres : minéraux et organiques
Les filtres UV des crèmes solaires se répartissent en deux grands groupes. Les filtres minéraux (inorganiques) sont l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. Ils agissent en absorbant une grande partie des rayons UV, et en partie en les réfléchissant et en les diffusant. Les filtres organiques (couramment appelés « filtres chimiques »), eux, sont des molécules à base de carbone qui absorbent le rayonnement UV et le transforment en chaleur.
Le terme « chimique » est trompeur : l’oxyde de zinc est lui aussi un produit chimique. C’est pourquoi nous utilisons dans cet article le terme « filtre organique ». Il faut garder à l’esprit que les deux groupes offrent une protection efficace lorsqu’ils sont bien formulés. De nombreuses crèmes solaires modernes associent les deux pour une protection à large spectre.
Les filtres minéraux : oxyde de zinc et dioxyde de titane
- Oxyde de zinc : il offre une large protection contre les UVB comme contre les UVA. Son absorption par la peau est très faible et son potentiel irritant est réduit ; c’est pourquoi il est souvent privilégié dans les produits pour peaux sensibles et pour enfants.
- Dioxyde de titane : très efficace contre les UVB, un peu plus limité que l’oxyde de zinc pour la protection UVA. Il est peu préoccupant sur la peau.
L’inconvénient le plus connu des filtres minéraux est qu’ils peuvent laisser un voile blanc sur la peau. Pour le réduire, les particules sont rendues plus petites ; c’est pourquoi on voit la mention « (nano) » sur l’étiquette. Dans l’UE, l’indication des substances à l’état nanoparticulaire sur l’étiquette est obligatoire, et l’utilisation des formes nano comme filtres a fait l’objet d’une évaluation par le SCCS. On considère que, sur une peau saine, les nanoparticules ne pénètrent pas dans les couches profondes de la peau.
Le principal point de vigilance concernant le dioxyde de titane est son inhalation. Dans l’UE, le dioxyde de titane nano n’est pas autorisé dans les applications pouvant entraîner une exposition des poumons par inhalation. Dans l’alimentation (E171), une évaluation distincte a été menée et il a été retiré dans l’UE en 2022 et en Turquie en 2024 ; c’est pourquoi notre application l’évalue dans une fourchette élevée dans la catégorie alimentation, et dans une fourchette large selon le type de produit en cosmétique.
Les filtres organiques : lesquels font débat ?
- Oxybenzone (Benzophenone-3) : c’est l’un des filtres les plus débattus, car il peut être absorbé par la peau et présenter de faibles effets de type hormonal. Après l’évaluation du SCCS, sa limite maximale autorisée dans l’UE a été abaissée de 10 % à 6 % dans les produits pour le visage, les mains et les lèvres, et à 2,2 % dans les produits pour le corps, sprays compris ; la mention « contient de la benzophénone-3 » est devenue obligatoire sur l’étiquette. Il peut en outre provoquer des réactions photoallergiques chez certaines personnes. Pour ces raisons, notre application l’évalue dans une fourchette modérée à élevée.
- Homosalate : après l’évaluation du SCCS, sa concentration autorisée dans l’UE a été abaissée de 10 % à 7,34 % et son utilisation limitée aux produits pour le visage, à l’exclusion des sprays à gaz propulseur (aérosols) ; cette règle s’applique depuis 2025.
- Octocrylène : c’est un filtre UVB, souvent utilisé pour stabiliser à la lumière d’autres filtres comme l’avobenzone. Il peut provoquer des réactions allergiques ou photoallergiques chez certaines personnes. Des données indiquant que de la benzophénone pourrait se former dans le produit avec le temps font débat ; après l’évaluation du SCCS, l’UE a mis à jour ses conditions d’utilisation : la limite maximale est en général de 10 %, et de 9 % dans les sprays à gaz propulseur.
- Avobenzone (Butyl Methoxydibenzoylmethane) : l’un des filtres UVA les plus répandus. Comme il peut se dégrader seul au soleil, il est généralement associé à des filtres stabilisants. Son niveau de préoccupation est jugé faible à modéré.
D’autres filtres modernes sont autorisés en Europe (par exemple ceux que l’on voit sur l’étiquette sous des noms longs comme Bis-Ethylhexyloxyphenol Methoxyphenyl Triazine ou Methylene Bis-Benzotriazolyl Tetramethylbutylphenol). Ils sont généralement plus stables à la lumière et leur absorption par la peau est limitée.
Les points d’attention avec les crèmes solaires en spray
Les sprays sont pratiques, en particulier pour couvrir de grandes surfaces et les zones poilues. Mais ils présentent deux inconvénients importants :
- Quantité insuffisante : avec un spray, il est difficile d’estimer la quantité de produit qui atteint la peau ; par vent, une partie du produit se disperse dans l’air. Pulvériser généreusement sur la peau puis étaler à la main aide à obtenir une couche uniforme et suffisante.
- Risque d’inhalation : il ne faut pas pulvériser directement sur le visage. Pour le visage, mieux vaut d’abord pulvériser le produit dans la paume puis l’appliquer. Lorsque vous utilisez un spray sur des enfants, veillez à ce qu’ils ne l’inhalent pas.
- Teneur en alcool : de nombreux sprays contiennent de l’alcool (Alcohol Denat.) pour un séchage rapide, ce qui peut dessécher les peaux sèches et sensibles. Comme ils sont inflammables, ils ne doivent pas non plus être appliqués près d’une flamme.
Plus important que le filtre : une bonne utilisation
L’indice SPF est mesuré en laboratoire avec une application de 2 mg de produit par centimètre carré. Dans la vie courante, la plupart des gens en mettent bien moins ; la protection réelle est donc inférieure à celle indiquée sur l’étiquette. Il faut environ l’équivalent de deux longueurs de doigt de crème pour le visage et le cou, et quelques cuillerées à soupe pour le corps.
La crème solaire s’amenuise avec la transpiration, l’essuyage à la serviette et la baignade. Si vous restez longtemps dehors, il est conseillé de renouveler l’application environ toutes les deux heures, ainsi qu’après chaque baignade ou forte transpiration. La mention « résistant à l’eau » indique que le produit conserve son efficacité dans l’eau pendant une certaine durée, mais elle ne supprime pas le besoin de renouveler l’application.
Sur l’étiquette, la mention « large spectre » ou le logo UVA de l’UE (les lettres UVA dans un cercle) indique que le produit répond aussi à une norme déterminée de protection UVA. L’indice SPF, lui, ne renseigne que sur la protection UVB.
Quel filtre pour qui ?
- Peau sensible, sujette aux rougeurs ou à la rosacée : les produits à filtres minéraux et sans parfum sont généralement mieux tolérés.
- Peau foncée : le voile blanc des filtres minéraux peut gêner ; on peut préférer des formules minérales teintées ou des produits à filtres organiques bien tolérés.
- Enfants : les produits à filtres minéraux, sans parfum et destinés aux enfants sont souvent privilégiés. Pour la protection solaire des bébés de moins de six mois, il faut suivre les conseils du pédiatre. Pour en savoir plus, consultez le guide sur les produits pour bébés et enfants.
- Sport et mer : choisissez des produits résistants à l’eau et faciles à réappliquer.
La crème solaire doit être utilisée en complément, et non à la place, des autres mesures comme l’ombre, le chapeau, les lunettes de soleil et l’évitement du soleil aux heures de midi. Si vous remarquez un grain de beauté nouveau ou qui change d’aspect, il est important de consulter un dermatologue.
Questions fréquentes
Une crème solaire minérale est-elle plus sûre qu’une crème à filtres organiques ?
Les filtres minéraux sont très peu absorbés par la peau et généralement bien tolérés par les peaux sensibles. Mais les produits à filtres organiques bien formulés sont eux aussi considérés comme sûrs dans les limites autorisées. Le facteur le plus important est d’utiliser le produit en quantité suffisante et régulièrement.
La mention (nano) sur l’étiquette est-elle inquiétante ?
Dans les crèmes appliquées sur une peau saine, l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane nano ont été validés par l’évaluation du SCCS. Le point de vigilance concerne l’inhalation des poudres et des sprays.
Si j’utilise un SPF 50, puis-je rester plus longtemps au soleil ?
Un SPF élevé offre une meilleure protection contre les UVB, mais pas une protection totale, et il ne supprime pas le besoin de réappliquer. La crème solaire ne doit pas servir à prolonger le temps passé au soleil, mais à protéger la peau lors d’une exposition inévitable.
Dois-je jeter ma crème solaire contenant de l’oxybenzone ?
L’oxybenzone utilisée dans les limites autorisées dans l’UE est permise. Si vous avez la peau sensible, si vous êtes enceinte ou si vous avez des inquiétudes, vous pouvez choisir un produit sans oxybenzone ou demander l’avis de votre médecin.
Cette page est fournie à titre d'information générale et ne constitue pas un avis médical personnel. Les mises en garde de l'étiquette et l'avis d'un professionnel de santé priment toujours.